Cultures du Coeur Savoie s’intéresse également à la culture au-delà de nos frontières. Lors de son séjour au Togo, Manon Pannier a effectué un reportage sur le festival RE.M’A du Togo en 2024. Elle a souhaité partager ces rencontres avec notre association. Cultures du Coeur Savoie vous présente, ici, quelques articles et images de son travail.
Interview de Benoît Kouami

Benoît Kouami, tu es un artiste musicien togolais et tu fais partie du groupe Africa Stone. Tu as fait le choix de jouer sur le Festival RE. M’A le 23 juillet 2024. Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton métier et quel est ton talent ?
Mon métier consiste à mettre en valeur la culture togolaise et africaine sur le plan national et international et mon talent est la percussion. Je suis d’ailleurs percussionniste dans le groupe Africa Stone et la compagnie de danse contemporaine Woenyo.
Depuis combien de temps pratiques-tu la musique, depuis combien d’années as-tu commencé à faire ton nom d’artiste ?
À vrai dire, j’ai commencé à jouer de la musique dès mon enfance, car c’est une pratique courante dans ma famille. Mon défunt père, paix à son âme, fut un grand percussionniste national et international, son CV peut en témoigner, ensuite mon frère aîné et enfin moi.
Quels-sont les freins qui rendent difficile l’accès à la culture au Togo ? Pourquoi tous les togolais ne peuvent-ils pas accéder à des prestations professionnelles ?
Il s’agit du manque des centres culturels, on en trouve moins et quand on en trouve c’est un centre privé, l’état ne subvient pas à la promotion de notre culture comme il se doit.
Est-ce que toi tu arrives à vivre de ton art ? Est-ce qu’il y a assez d’événements pour que tu puisses gagner assez de cachets pour pouvoir vivre uniquement de ce que tu aimes faire : Jouer de la musique
Je ne peux pas l’affirmer… En effet, depuis le Festival REM’A jusqu’à présent, nous n’avons pas fait d’événement. C’est rare d’organiser un tel festival au Togo comme l’a organisé DO.M Togo, d’ailleurs je les remercie au passage.
Et quels sont les points positifs que tu rencontres en exerçant ton métier ?
Je peux dire que je découvre d’autres cultures parce qu’il y a de nombreuses tribus et cultures dans le monde, ce genre d’événements permet de découvrir des diversités culturelles qui existent sur le plan national et international.
Pour finir, est-ce que tu pourrais nous citer quelques artistes avec lesquels tu aimerais travailler ? Comment te sentirais-tu si tu travaillais avec eux ?
Amen Viana, l’un des meilleurs guitaristes avec qui on a eu à faire une petite collaboration, il est sociable et très professionnel.
Interview réalisée par Manon Pannier pour Cultures du Coeur Savoie

Interview de Sanou Abdoulay

Il est ici 21h00 et nous sommes devant le bar Merciful God. C’est le 1er jour du festival, et je suis en présence de Sanou Abdoulaye, qui est un artiste professionnel de danse afro-contemporaine et urbaine. Il a lancé son activité en 2009 et nous vient tout droit du Burkina Faso. En quoi consiste ton métier ?
D’accord, merci beaucoup pour la question. Pour répondre très spontanément à ta question, je suis un artiste danseur chorégraphe. Je fais plusieurs styles de danses, que ce soit des danses traditionnelles, des danses modernes, des danses des genoux, des danses bobo, siamou…etc.
Quelle est la culture partagée au Burkina Faso ? Quels sont les instruments les plus utilisés ?
Il faut noter à ce niveau que le Burkina Faso est un pays à diversité culturelle. Chaque ethnie a sa culture, donc c’est en fonction des localités qu’on peut définir une culture. Mais les instruments utilisés la plupart du temps, c’est le balafon, le djembé, la kora…etc. Tout ce qui concerne les musiques traditionnelles africaines.
Est-ce que tu vis de ton art ? Est-ce qu’il y a assez d’événements pour que tu puisses gagner assez de cachets pour vivre de ta passion la danse ?
Parfois je gagne, mais ce n’est pas toujours le cas. Il faut noter qu’on devrait pouvoir vivre de l’art. L’art doit être un métier qu’on fait pour nourrir sa famille. J’exerce d’autres métiers à côté de celui de danseur chorégraphe. Je gagne un peu d’argent à travers les formations de danse que je donne, on m’appelle souvent pour encadrer des gens qui souhaitent se former en danse. Je suis aussi un étudiant Bobo.
Selon toi quels sont les freins qui rendent l’accès à la culture difficile au Burkina Faso ?
Pourquoi tous les burkinabés ne peuvent-ils pas avoir accès à des prestations professionnelles ?
Le véritable problème est qu’il n’y a pas de soutien de l’état. Par exemple pour lancer un spectacle, il faut faire appel à beaucoup d’autres artistes. Ce frein nous empêche de proposer des spectacles professionnels à toutes les populations burkinabés.
D’un autre côté, quels sont les points positifs que tu rencontres en exerçant ton métier ?
Ce que j’aime, c’est que les artistes forment une très grande famille à travers le monde entier. Tu peux avoir des amis au Nigéria, en France, en Belgique donc c’est très beau.
Quelle est ta vision pour la génération future concernant la danse afro-contemporaine ?
Je pense que la nouvelle génération saura assumer ce que nous, nous faisons, parce que moi particulièrement, je forme des enfants de 4 ans, 5 ans, et 6-7 ans dans la danse traditionnelle et afro-contemporaine pour qu’ils puissent grandir avec ça et eux-même le transmettre aux générations futures.
Les Bobo sont une population d’Afrique de l’Ouest vivant principalement au nord-ouest du Burkina Faso
Interview réalisée par Manon Pannier pour Cultures du Coeur Savoie 2024

Interview de Togneviadi

Togneviadi, tu es un artiste performeur, sculpteur et expressionniste togolais. Tu offres des prestations en solo, et tu as déjà presté sur de nombreux festivals comme le festival Adiavou et le festival Festisol (festival de la solidarité). Tu es donc un artiste engagé ?
Oui.
Hier c’était le Festival RE. M’A et encore aujourd’hui, tu as décidé d’exposer tes œuvres d’art, de prester aussi puisque tu vas nous montrer une œuvre vivante ce soir. Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton métier et quel est ton talent ?
J’aime peindre depuis mon plus jeune âge. J’aime aussi créer et apprendre des gens. C’est la base. J’essaie toujours de créer quelque chose qui donnera vie. L’expressionnisme est une forme d’art où l’expression est déformée au profit du savoir-faire musical, pictural… c’est-à-dire toute forme d’art.
Je vois. Depuis combien de temps crées-tu des peintures, depuis combien d’années as-tu commencé à faire ton nom d’artiste ?
Cela fait déjà 7 ans que j’ai commencé à me faire connaître.
Quels-sont les freins qui rendent difficile l’accès à la culture au Togo ? Pourquoi tous les togolais ne peuvent-ils pas accéder à des prestations professionnelles ?
Pour moi, c’est la faute de nos aînés. Excusez-moi de le dire de cette manière, mais il faudrait avoir déjà une base pour commencer ou pour pouvoir motiver la jeunesse à venir dans le monde de l’art. Ils ont fait un travail à mi-chemin, et maintenant c’est à nous, la jeunesse actuelle, de pouvoir laisser quelque chose aux autres. Certains de nos ainés sont toujours là, ils vivent encore, mais ils font les mêmes bêtises que les autres. Excusez-moi mais c’est chiant… Enfin c’est comme ça.
Et quelles sont ces bêtises-là ?
Il n’y a pas d’institut, il n’y a même pas de synergie, ni de syndicat dans tout ce qu’on fait…
Il faudrait un syndicat pour l’art ?
Oui normalement. Puisqu’il y a des ministères spécialisés, il y a quelqu’un qui prend l’argent au ministère pour ça, donc il faudrait qu’il y ait quelque chose de « censé » pour l’art…
D’accord merci. Est-ce que toi tu arrives à vivre de ton art ? Est-ce qu’il y a assez d’événements pour que tu puisses gagner assez de cachets pour pouvoir vivre vraiment de ce que tu aimes faire ? Peindre, prester ?
Déjà il n’y a pas assez d’événements, mais s’il y a des événements, on choisit plutôt ceux qui ont déjà des noms pour pouvoir s’afficher ou donner plus de visibilité à ces festivals ou ces… Je ne sais pas trop mais le but…c’est de pouvoir prendre un pupitre et de faire évoluer quoi, tu vois ? Mais eux…ils sont plus « si tu as un nom, ah là je t’appelle sur mon projet, magazine… » mais si tu n’as pas de nom et que tu n’es pas connu…
C’est difficile ?
C’est danger grave, c’est mon expression que j’aime.
Et quels sont les points positifs que tu rencontres en exerçant ton métier ?
Pour moi, c’est le partage. Le partage que j’ai avec certains artistes dans ce pays. Il a ceux qui donnent vraiment pour donner, et il y a ceux qui donnent mais qui attendent quelque chose en retour. Moi, j’aime le fait qu’on me donne sans rien attendre en retour. Parce que c’est ce que je fais. Quand quelqu’un me donne, concernant l’art, je suis toujours content parce que ça m’apporte beaucoup, que ce soit pour ce que je fais ou pour ce que j’aimerais devenir. Mais si ce n’est pas ça…je le prends plutôt comme un frein.
Et par exemple ce qu’on te donne…c’est quoi ?
Tout d’abord, c’est le sourire. Ça, ça me fait trop plaisir. Il y a ceux qui me donnent aussi des conseils et ceux qui veulent vraiment me transmettre quelque chose. J’apprécie l’effort que ce genre de personnes fournissent.
Ce n’est pas forcément quelque chose de matériel ?
Non. Selon moi, quand quelqu’un donne quelque chose de matériel, il veut t’exploiter. C’est propre à mon pays.
D’accord. Est-ce que tu pourrais nous parler un peu plus de l’expressionnisme au Togo, développer ce que c’est concrètement ?
L’expressionnisme ici est méconnu. Il y a ceux qui l’interprètent par des performances corporelles, musicales… et il y a ceux qui l’interprètent aussi par des œuvres vivantes. Mais ici au Togo, le ministère de la culture ne maîtrise même pas ce sujet, donc on ne peut pas me qualifier d’expressionniste même si je suis expressionniste. On me qualifie simplement « d’artiste ».
Je préfère que mes œuvres parlent de l’expressionnisme plutôt que moi-même je ne parle de cela.
Pour finir, est-ce que tu pourrais nous citer quelques artistes avec lesquels tu aimerais travailler ? Comment te sentirais-tu si tu travaillais avec eux ?
Tout d’abord, « big up » à Fofo Skarfo, j’aimerais beaucoup faire quelque chose avec lui. Ensuite, Elom Vince. Je ne sais pas comment expliquer cela, ce serait trop de « boom » si je pouvais travailler avec eux. Que ce soit sur scène ou peut-être une de leurs œuvres. J’ai déjà parlé avec Fofo Skarfo, mais j’essaierai de vivre une scène avec lui.
Super. Merci beaucoup l’interview que tu m’as accordée Togneviadi. Merci pour ton partage d’expérience. À la prochaine !
Interview réalisée par Manon Pannier pour Cultures du Coeur Savoie 2024
Images du festival RE.M’A Togo 2024













Images de Manon Pannier 2024






